Nous sommes en 1971 et je vis à Ispahan, en Iran, le point central légendaire de la célèbre Route de la Soie qui s’étend de Pékin (aujourd’hui Beijing) à Constantinople (aujourd’hui Istanbul). Les membres du Corps de la Paix, chargés d’apprendre à l’armée iranienne protégée par les États-Unis comment réparer les jeeps américaines de surplus de guerre, dirigeaient le commerce très lucratif du haschisch en provenance d’Afghanistan vers l’Europe. Les employés de l’ambassade britannique s’intéressaient à Gurdjieff et à l’opium. L’intelligentsia achetait discrètement son opium de qualité gouvernementale auprès des classes populaires qui s’étaient inscrites comme toxicomanes à l’opium et recevaient chaque mois de jolies boîtes élégantes, style chocolat Godiva, contenant de l’opium de haute qualité, soigneusement emballé et estampillé. Les « étudiants » opposants au gouvernement (rappelez-vous Jimmy Carter et l’équipe de tournage canadienne venus à leur secours) ne donnaient jamais que de faux prénoms et disparaissaient régulièrement du jour au lendemain aux mains de la police secrète Savak. Que dire ? C’était l’époque.

En tant que garçon de ferme canadien traditionnel, élevé dans la foi catholique romaine, une aventure psychédélique à la Space Odyssey m’a conduit vers l’approche yogique de la spiritualité. Je ne voulais ni prêtres ni communion. Je ne voulais pas du cirque psychédélique sans fondement. Le Moyen-Orient me dirigeait vers le sous-continent indien et l’histoire légendaire de l’Inde et de l’Himalaya était absolument irrésistible. Je voulais voir Dieu face à face. Trouvez-moi un gourou, et vite.

En 1972 (ces années semblaient alors si longues), je me retrouvais dans un lourd sac de couchage militaire de surplus, dans un ashram, regardant avec joie le ciel étoilé dans les contreforts de l’Himalaya, dans le nord de l’Inde. Romantiquement, j’imaginais avoir enfin repris là où j’avais laissé dans une vie antérieure. Je me sentais capable de voler… et une part de moi pensait que c’était possible. Attribuez cela à une grande confusion quant à ce que j’attendais en entrant dans la vénérable tradition de la méditation yogique. J’étais jeune, naïf et pleinement préparé. Soyez indulgents. Il fallait être là à cette époque pour comprendre. C’était bien avant l’internet. Il fallait réserver un appel téléphonique longue distance dans un hôtel proche et une lettre aller-retour prenait environ trois semaines. Quand on était de l’autre côté de la planète, on était VRAIMENT loin de chez soi.

Finalement, je suis retourné au Canada puis aux États-Unis et pendant des années, j’ai « médité assis » et voyagé pour aider dans d’autres ashrams et assister à des séances d’initiation. J’ai développé de la discipline et exploré la dévotion sans vraiment réaliser que j’avais importé beaucoup de ma bêtise « nous/eux » de mon catholicisme romain initial dans ce nouveau mode de vie exotique. Ma conviction d’enfance que « ma religion va au ciel et la tienne en enfer » s’est transformée en « mon gourou peut battre ton gourou ». Tant à apprendre mais, en vérité, tant à désapprendre. Je suppose que la « grâce salvatrice » dans tout cela fut ma détermination à affiner et développer une conscience plus pure.

Sans surprise, avec le temps, tout comme je m’étais éloigné du « catholicisme », mon attachement au gourou s’est aussi évaporé, comme une séparation lente et presque invisible dans un mariage, jusqu’à ce qu’un jour je réalise que c’était un divorce. Il n’y avait alors plus de règles ni d’obligations mentales. Mon désir du « sacré » n’a jamais cessé et, me voilà libre de « sortir spirituellement » à nouveau. Un mélange de soulagement et de perte en même temps. Ce qui m’a conduit très prudemment vers une forme coréenne du taoïsme avec un autre maître et un tout nouveau style de pratique. Apprendre. Lâcher prise. Apprendre. Lâcher prise. Apprendre. Lâcher prise.

Après avoir passé dix ans à méditer deux heures par jour dans un certain style, passer au chant en langue coréenne avec une respiration structurée associée fut un véritable casse-tête pour moi. Je me suis dit qu’il y avait « plusieurs chemins vers Rome », et j’ai lentement adopté cette pratique. Une grande partie du défi dans tout cela (qui demeure encore aujourd’hui) est de clarifier « le but » ou « la cible » de cette pratique spirituelle ou de toute autre. Je sais qu’une partie de mon esprit imaginait encore une sorte de « psychédélique divin » libération majeure et extatique… et d’y rester dans le nirvana jusqu’à ce que les cieux me réabsorbent… ou quelque chose comme ça. Le « résultat » attendu n’a jamais été très clair. Il restait une version d’un « état modifié de conscience » (un terme de Charles Tart) ou un « état non ordinaire » ou peut-être une sorte de « voyage psychédélique sans drogue » ou une visite soudaine au paradis ou le goût de la Conscience Cosmique (pour remonter à Richard Maurice Bucke (1837–1902), psychiatre canadien) ou même une variété d’expérience religieuse (William James). Il faut garder à l’esprit que la plupart de ces tentatives ont eu lieu avant l’internet et que l’information se transmettait livre par livre et lors de rencontres physiques entre amis et autres « chercheurs ».

Dix autres années passèrent et après de nombreuses lunes, y compris de nombreux retraites de méditation isolées en montagne, caché dans une tente pendant des mois… un tremblement psychique m’a fait basculer dans une profonde crise de sens et une grande fatigue existentielle. Le « but » était un horizon lointain qui semblait s’éloigner à mesure que je m’en approchais. Et la prise de conscience que mon « effort » ne se transformerait jamais en réalisation. Assis sur une pente de montagne, je me suis approché plus que jamais de mon « vrai désir du cœur ». Ce fut la première vraie prière de ma vie… sans mots… juste un cri d’aide. Et c’est ainsi que, quelques mois plus tard, je me suis retrouvé en larmes sur les genoux de mon maître tibétain Dzogchen.

Le Dzogchen est l’une des rares traditions « non-duelles » mûries qui a conservé une lignée intacte jusqu’à nos jours. Autrefois une pratique très gardée et secrète, l’invasion chinoise du Tibet et la diaspora forcée des lamas tibétains qualifiés ont poussé le Dzogchen dans le monde. J’ai eu la grande chance d’être pris comme « élève privé » d’un maître Dzogchen très respecté et d’absorber cette approche non-duelle depuis trente ans. Le Dzogchen, comme d’autres traditions non-duelles, est une matière délicate et peut facilement séduire par une philosophie très attrayante qui peut faire illusion comme étant « la vraie chose ». Sa simplicité absolue semble formidable, mais c’est aussi précisément ce défi de simplicité désarmante qui la rend difficile. Pourquoi ? Parce que nous sommes profondément habitués à notre intellectualisation complexe et incessante.

Au fil de toutes ces décennies, les neurosciences modernes ont lentement développé des connaissances sur les fonctions de notre cerveau physique. Ces connaissances construisent des perspectives qui nous permettent d’aligner les attributs physiques avec la « boîte noire » de l’Esprit. Est-il possible que les avancées en neurosciences offrent une meilleure compréhension de nos traditions spirituelles ? Certains pensent que la science est « l’ennemie » de la spiritualité et que « Dieu est mort » et n’est qu’une superstition compréhensible mais erronée. D’autres voient tout le contraire, que la science et la spiritualité sont complémentaires et « deux faces d’une même pièce ». Je me range parmi ceux qui voient ces deux faces complémentaires. Et cette perspective est au cœur même de l’expérience NeuroVIZR. Plus à ce sujet la prochaine fois !